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10/12/2008

Interview de Racine Kane, lauréat du Prix Ivoire 2008

Une interview de Racine Kane, Lauréat du Prix Ivoire pour la Littérature Africaine d'Expression Francophone, édition 2008.


Micro-Ouvert …Racine Kane, écrivain : «Au Sénégal, nous parlons plus de politique que de littérature 13-11-2008
«Nul n’est prophète chez soi.» Cet adage, M. Racine Kane l’a bien réalisé avec son dernier ouvrage Les ballades nostalgiques, qui lui a valu le Prix Ivoire 2008 récemment décerné à Abidjan. Une distinction que l’écrivain aurait souhaité avoir dans son pays le Sénégal, qui malheureusement, fait-il constater est à la traîne sur le plan culturel.
Propos recueillis par stou Winnie BEYE


De quoi traite votre dernière production littéraire Les balades nostalgiques ?
Mon dernier livre traite du rapport entre l’homme, la femme et la divinité. C’est un livre qui est alimenté par un contenu. Ce contenu est le point de départ d’un questionnement que tout le monde a eu depuis l’adolescence sur l’amour. Vous savez, il y a des forces qui agissent sur nous qu’on peut appeler des metteurs en scène. Notamment le «metteur en scène» de la destruction qu’on peut appeler Cheytane (Satan en Arabe) et celui des vibrations positives qui fait qu’on est amené à écouter une voix qui nous fait tendre vers le bien…. C’est tout cela qui sous-tend l’écriture de ce livre édité par Panafrica, une maison d’édition installée à Paris avec une représentation ici au Sénégal.

Pourquoi l’avoir intitulé Les ballades nostalgiques ?
Les ballades nostalgiques sont des poèmes à l’intérieur de l’ouvrage. Il y a ballade dans le terme musicale et balade qui veut dire promenade. Ici c’est un ensemble de poèmes que donne le personnage principal, un musicien aux deux disques d’or ayant des poèmes qui sont des chants. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il n’y a pas de frontière entre le monde du rêve et le monde du réel. C’est pour cela qu’on nous traite de grands naïfs. Car nous n’y mettons pas de frontière. Qu’on le veuille ou non, au delà de la mort il n’y a rien. Du côté de l’irrationnel, il n’ y a pas grand-chose non plus.

On n’a pas beaucoup entendu parler auparavant de votre livre au Sénégal. Quelles en sont les raisons ?
C’est vrai que le livre a connu plus de succès en Europe et en Afrique centrale qu’au Sénégal. Ceci s’explique pour de multiples raisons. Si vous regardez bien, à part les livres politiques ou écrit sur la politique de ce pays, les livres n’intéressent pas les gens. Aussi, il semble que la littérature en général n’intéresse pas grand monde au Sénégal. Même si j’avais sorti un best-seller, cela aurait été la même chose. Ce n’est pas dans leur culture d’entrer dans les librairies et d’acheter des livres. Ce qui n’est pas le cas des Européens. Il faut dire qu’en Côte d’Ivoire, le livre a connu également du succès auprès du public.

En Côte d’Ivoire où vous venez de recevoir le Prix Ivoire 2008 distinguant votre ouvrage Les ballades nostalgiques.
Je dois d’abord dire que le Prix Ivoire 2008 est la nouvelle appellation du Prix littéraire Félix Houphouet Boigny. C’est un Prix qui ne doit pas revenir à un Ivoirien. Et donc, pour cette édition, le jury, composé d’hommes de culture et de lettres de tous horizons et dont faisait partie Mme Aminata Sow Fall, a décidé de m’attribuer cette distinction symbolique. Il s’agit notamment d’une somme d’1 million de francs Cfa. Mais également, il s’y ajoute l’offre d’une promotion annuelle de mon livre dans les foires des livres en Europe. De plus, il a été prévu dans ce sens, une tournée dans les Centres culturels français.

Selon vous, quelles sont les raisons qui ont primées au choix porté sur votre livre ?
Quand vous le lirez, vous saurez. Les éditeurs ont envoyé plusieurs livres et le jury a choisi le mien. Je suppose que c’est parce que le jury a été séduit. Seydou Badian Kouyaté, l’auteur de Sous l’orage, était le président du jury et il y a de grandes plumes comme Aminata Sow Fall et d’autres écrivains de renom qui étaient chargés de la sélection. C’est vous dire donc que c’est certainement parce que mon livre a séduit, qu’il a été choisi.

Regrettez-vous le fait de n’avoir pas reçu une distinction du genre au Sénégal ?
L’Etat sénégalais devrait faire plus que ce qui se fait ailleurs pour promouvoir la littérature. Quand j’avais pris la parole, lors de la cérémonie de remise du Prix Ivoire 2008, j’étais tellement ému et l’Ambassadeur du Sénégal en Côte d’Ivoire m’a dit ceci : «Vous ne pouvez pas savoir à quel point vous nous avez honoré.» Et j’ai vu dans ses yeux qu’il était aussi ému et content que moi. Ici au Sénégal nous avons l’héritage de Senghor, de Birago Diop, mais nous dormons tous sur nos lauriers. Nous parlons plus politique qu’autre chose en ce moment. Nous ne nous rendons pas compte que les autres pays africains sont en train de nous dépasser à cent à l’heure. C’est le cas des Ivoiriens, qui excellent du point de vue du développement culturel. Et Dieu sait que d’ici deux ans, s’ils sortent de la guerre, ils vont nous donner des leçons. Les jeunes de chez nous, passent leur temps dans les Asc de football. Ce qui n’est pas le cas là bas, en Côte d’Ivoire. Il doit y avoir plus que cela, par exemple une multiplication de bibliothèques afin que les gens lisent.

Que faut-il faire selon vous pour amener les Sénégalais à la lecture ?
Il faut d’abord rendre les livres accessibles au niveau du prix et que la subvention du gouvernement ravive en masse. Que les personnes puissent accéder facilement aux livres dans les villages, tout comme dans les bibliothèques normales. En plus les «Victor Hugo» que l’on impose à nos enfants à l’école ne sont pas forcément des modèles. Il est tant de commencer par inclure dans l’enseignement la littérature africaine. Surtout celle contemporaine. Je suis sûr qu’il y a des Sénégalais qui ont des milliers de manuscrits dans leurs tiroirs et qui les abandonnent parce que cela n’intéresse personne. Et si nous continuons dans cette lancée de politique politicienne qui nous retarde complètement, nous n’en sortirons jamais et les autres vont nous prendre pour des acculturés.

Le manque d’intérêt à la lecture n’est-il pas dû au fait que les gens pensent plus aux difficultés économiques et à la faim?
Quoi qu’on dise, les gens prennent par exemple cinq milles francs pour acheter un poulet pour dîner. Et cela s’arrête à une consommation d’un jour, d’un repas. Le livre quant à lui, s’il est bien entretenu, reste dans la bibliothèque ou dans un endroit sûr et les enfants lorsqu’ils grandiront, ils pourront en faire usage. Je pense que l’esprit doit être nourrit autant que le corps. L’être humain ce n’est pas seulement le ventre.
Je pense que sincèrement on doit se réveiller. On est complètement dépassé et quelque part on est dans la sous culture, on y baigne en permanence. On doit un peu mettre la pédale sur ces querelles politiques et croire que la recherche esthétique sur le plan de l’enseignement, sur le plan de ce qu’il faut faire, avancer les esprits, a autant de priorités que de passer son temps à faire de la politique.

Stagiaire

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